Introduction
L’organisation du travail repose en partie sur la manière dont une entreprise répartit son temps. Les agendas, plannings, réunions, temps de production, rendez-vous clients, périodes de préparation ou de suivi dessinent une succession de séquences qui rendent l’activité possible. Pourtant, ces séquences restent souvent implicites. Elles sont absorbées par les habitudes, les urgences, les disponibilités de chacun ou les contraintes imposées par les clients.
Les blocs temporels constituent une manière simple de rendre cette organisation plus visible. Ils consistent à réserver, dans un agenda, un planning ou un calendrier partagé, un temps déterminé pour une activité précisément identifiée. Cette définition paraît élémentaire. Elle recouvre néanmoins plusieurs enjeux : déterminer ce qui mérite un temps dédié, préciser à quel moment une activité doit être réalisée, rendre ce choix visible aux personnes concernées et prévoir les conditions dans lesquelles le bloc pourra être maintenu ou ajusté.
Un bloc temporel n’est ni une promesse de productivité permanente, ni une méthode qui permettrait d’éliminer les imprévus. Il ne remplace pas non plus le jugement professionnel. Il fournit plutôt un cadre : il attribue temporairement une place à une activité qui risquerait autrement d’être reportée, interrompue ou traitée de façon dispersée.
Cette série d’articles se propose d’examiner les conditions concrètes dans lesquelles une équipe peut structurer son activité, protéger certains temps de travail, coordonner des disponibilités et préserver des marges d’ajustement.
Une série pour distinguer les notions proches
Le vocabulaire de l’organisation du temps est vaste. Il mêle des termes qui se ressemblent, mais qui ne désignent pas les mêmes réalités : routine, processus, créneau, planning, time blocking, rituel, séquence ou encore temps de concentration. Les confondre conduit parfois à appliquer un outil à un problème qu’il ne permet pas de résoudre.
La série suivra donc un chemin progressif :
- Ce premier article définit les blocs temporels et leurs propriétés principales,
- Le deuxième les distingue des routines, en s’appuyant notamment sur les travaux d’Henry Mintzberg et de Katarina Balazs,
- Le troisième examine leur relation avec les processus, à partir des apports de Bernard Conein et des recherches sur l’attention,
- Le quatrième précise la différence entre un bloc temporel et le time blocking, pratique plus globale de planification de l’agenda,
- Le cinquième aborde les effets possibles de cette structuration sur l’attention, la décision, la qualité de vie et des conditions de travail, ainsi que la créativité,
- Le sixième propose un cas pratique, construit autour d’une entreprise fictive et de son équipe,
- Le dernier article présentera des combinaisons possibles entre blocs temporels et autres repères d’organisation.
L’enjeu n’est pas de prescrire une organisation identique pour tous. Une entreprise de maintenance, un atelier de production, un commerce de proximité, une structure de conseil ou une équipe administrative ne travaillent pas au même rythme et ne rencontrent pas les mêmes interruptions. Un dispositif pertinent doit donc partir du travail réel : les activités effectivement réalisées, leurs dépendances, les attentes des clients, les aléas et les ressources disponibles.
Définir le bloc temporel
Un bloc temporel est un créneau délimité, inscrit dans un support de planification et affecté à une activité, à un ensemble cohérent d’activités ou à un objectif précis.
Il peut s’agir, par exemple :
- D’une heure réservée à la préparation d’un dossier avant un rendez-vous client,
- D’un temps collectif consacré au traitement des demandes complexes,
- D’une demi-journée affectée à une formation interne,
- D’un créneau de production sans réunion,
- D’un temps de revue des dossiers en attente,
- D’une période prévue pour organiser la maintenance d’un équipement,
- D’un temps de pause inscrit dans le planning d’une équipe soumise à des horaires décalés.
Dans tous ces cas, le bloc ne désigne pas seulement une durée. Il associe une durée à une intention explicite. On ne réserve pas simplement une plage de 9 heures à 10 heures 30 ; on réserve ce temps pour une activité déterminée et l’on rend ce choix visible dans un outil partagé ou individuel.
Cette mise en forme produit un effet organisationnel simple : l’activité cesse d’être seulement une intention générale, formulée par exemple sous la forme de « il faudrait avancer sur ce dossier », « il faudra prendre un moment pour former les nouveaux » ou « nous devons revoir les retours clients ». Elle obtient une place identifiable dans le temps de travail.
Cette distinction a son importance. De nombreuses activités nécessaires ne sont pas urgentes au sens immédiat. Elles peuvent donc être repoussées à plusieurs reprises. C’est notamment le cas de la préparation, de la transmission des savoir-faire, de la veille, de l’analyse, de la mise à jour de documents, de l’amélioration d’un outil ou du traitement d’un sujet qui demande de la continuité. Sans temps réservé, ces activités restent dépendantes des rares moments laissés libres par l’activité courante.
Un début, une fin et une durée repérable
Un bloc temporel comporte d’abord une limite temporelle claire. Il commence à un moment identifiable et se termine à un autre. Cette délimitation peut être précise, par exemple de 14 heures à 15 heures 30, ou plus large, comme une matinée consacrée à une activité donnée.
La durée dépend de la nature du travail. Une réunion de coordination de vingt minutes, un entretien annuel d’une heure, une période de production de trois heures ou une journée de formation ne répondent pas aux mêmes contraintes. La durée ne devrait donc pas être choisie uniquement parce qu’elle paraît pratique dans un agenda. Elle doit correspondre à ce que l’activité exige réellement.
Une activité de rédaction technique peut demander une durée suffisante pour relire des documents, organiser ses idées et produire un texte cohérent. À l’inverse, un point de synchronisation entre deux personnes peut perdre en efficacité s’il est prévu sur une heure alors que quinze minutes suffisent pour traiter les informations utiles.
La délimitation n’implique pas que l’activité s’arrête mécaniquement à l’heure indiquée, quelles que soient les circonstances. Elle permet plutôt de poser une référence. Si une activité dépasse régulièrement le temps prévu, l’équipe peut s’interroger : le bloc est-il trop court ? La tâche a-t-elle été mal estimée ? Des interruptions se produisent-elles pendant ce temps ? Le contenu doit-il être réparti autrement ?
Le bloc devient ainsi un point d’observation du travail. Il ne sert pas seulement à remplir un planning ; il permet de rendre visibles les écarts entre le temps prévu et le temps nécessaire.
Une activité explicitement identifiée
Un bloc temporel est affecté à une activité identifiable. Cette activité peut être très précise : « préparer la réponse à l’appel d’offres X », « relire le contrat avant envoi », « finaliser le support de formation ». Elle peut aussi désigner une catégorie de travail : « rendez-vous clients », « traitement des demandes administratives », « travail de production », « préparation des commandes ».
Le degré de précision dépend du contexte. Pour une personne qui travaille seule sur un dossier complexe, un bloc peut être consacré à une étape clairement définie. Pour une équipe qui reçoit des demandes variables, il peut être plus utile de réserver un créneau collectif de traitement ou de coordination, sans anticiper le détail de chaque demande.
L’essentiel est que l’intitulé permette de comprendre la fonction du temps réservé. Un bloc intitulé « divers » ou « à faire » apporte rarement une aide réelle. Il ne permet pas de savoir ce qui doit être traité ni de protéger l’activité contre les sollicitations concurrentes.
Dans une entreprise de services, un créneau intitulé « préparation des interventions de la semaine » rend visible une activité souvent réduite à une tâche secondaire. Pourtant, ce temps peut conditionner la qualité des rendez-vous, la disponibilité des équipements et la capacité des équipes à répondre aux clients. Le nommer et lui attribuer une place peut donc aider à reconnaître son importance.
Une décision de priorité
Le bloc temporel résulte d’une décision. Il exprime le choix de consacrer un temps donné à une activité plutôt qu’à une autre. Cette décision peut être individuelle, lorsque la personne organise son propre travail, ou collective, lorsqu’elle concerne une équipe, un service ou une organisation entière.
Cette dimension de choix distingue le bloc d’un simple espace vide dans l’agenda. Un créneau libre indique l’absence d’engagement prévu. Un bloc indique qu’un engagement existe : un temps a été attribué à une activité parce qu’elle est considérée comme nécessaire, utile ou prioritaire.
Cette priorité n’est pas nécessairement absolue. Elle peut être révisée si un événement important survient. Mais l’existence du bloc oblige à rendre cette révision visible. Si le temps de préparation est déplacé pour traiter une urgence, il reste possible de constater qu’il a été déplacé et de décider quand il sera repris. Sans bloc, le report demeure souvent invisible : l’activité n’a pas été annulée, elle n’a simplement jamais trouvé sa place.
La planification est donc une forme de mise en discussion des priorités. Elle ne supprime pas les arbitrages, mais elle les rend plus explicites. Une équipe peut alors constater qu’elle consacre beaucoup de temps aux urgences, très peu à la préparation, ou qu’elle prévoit régulièrement des temps de coordination qui sont systématiquement absorbés par d’autres sollicitations.
Une inscription dans un support
Le bloc temporel est matérialisé. Il figure dans un agenda individuel, un calendrier partagé, un planning mural, un tableau de suivi, un logiciel de gestion de projet ou tout autre support utilisé par les personnes concernées.
Cette matérialisation remplit plusieurs fonctions. Elle aide d’abord la personne ou l’équipe à se souvenir du temps prévu. Elle rend ensuite l’information disponible pour les collègues, les responsables ou les personnes qui organisent l’activité. Enfin, elle permet de coordonner des disponibilités.
Dans une TPE, un tableau visible dans l’atelier ou l’espace commun peut suffire à indiquer les temps de présence, de livraison, de préparation ou de réunion. Dans une entreprise plus grande, un agenda numérique partagé permettra de signaler les temps de travail collectif, les rendez-vous clients et les plages durant lesquelles une personne ne doit pas être sollicitée sauf nécessité particulière.
Le support ne garantit pas à lui seul le respect du bloc. Un agenda rempli de créneaux sans règles collectives de fonctionnement peut devenir une simple juxtaposition d’informations. Pour être utile, le bloc doit être compris et reconnu par les personnes susceptibles d’intervenir sur ce temps.
Ce que le bloc temporel n’est pas
Définir un bloc temporel suppose aussi de préciser ce qui n’entre pas dans cette catégorie. Plusieurs réalités peuvent lui ressembler sans présenter les mêmes propriétés.
Un créneau libre n’est pas un bloc temporel
Un espace vacant dans un agenda ne constitue pas un bloc. Il peut servir à une activité future, à un imprévu, à une pause ou à une disponibilité. Mais tant qu’aucune fonction ne lui est attribuée, il reste un temps non affecté.
Cette distinction peut sembler secondaire. Elle devient importante lorsqu’une équipe considère que chacun possède « du temps libre » parce que certaines plages de l’agenda ne sont pas renseignées. Un créneau non renseigné n’est pas nécessairement disponible : il peut correspondre à du travail préparatoire, à de la production, à un temps de déplacement, à une activité qui n’a pas été inscrite ou à une marge volontairement conservée pour absorber les aléas.
Le bloc temporel permet précisément de rendre certaines de ces activités visibles. Il évite qu’un temps sans rendez-vous soit automatiquement interprété comme un temps mobilisable par autrui.
Une liste de tâches n’est pas un bloc temporel
Une liste de tâches indique ce qu’il reste à faire. Elle ne précise pas nécessairement quand l’activité sera réalisée ni quel temps lui sera consacré. Elle est donc utile pour mémoriser, hiérarchiser ou suivre des actions, mais elle ne remplit pas la même fonction qu’un bloc.
Une personne peut avoir une liste très structurée et ne jamais trouver le temps de traiter les tâches qui demandent une attention continue. Inversement, un bloc réservé à « traitement des dossiers de fond » peut donner une place à plusieurs éléments de la liste, sans fixer à l’avance l’ordre exact dans lequel ils seront réalisés.
Les deux outils peuvent se compléter. La liste recense et organise les actions ; le bloc attribue un temps à leur réalisation. Toutefois, les confondre revient à croire qu’une activité est planifiée parce qu’elle est écrite quelque part. Or, une tâche inscrite dans une liste peut rester plusieurs semaines sans être engagée.
Une disponibilité ne signifie pas une priorité
Dans de nombreuses organisations, les agendas sont d’abord utilisés pour repérer les moments auxquels il est possible de solliciter quelqu’un. Cette pratique répond à un besoin légitime de coordination. Elle peut cependant réduire l’agenda à un instrument de disponibilité permanente.
Un bloc temporel introduit une autre logique. Il ne dit pas seulement : « cette personne n’a pas de rendez-vous ». Il peut dire : « cette personne consacre ce temps à une activité qui demande de la continuité ». Cette information ne signifie pas que toute sollicitation est interdite. Elle permet simplement de distinguer les demandes qui peuvent attendre de celles qui exigent une interruption immédiate.
Dans une équipe chargée de la relation client, une personne peut, par exemple, avoir besoin de deux créneaux hebdomadaires pour analyser les demandes récurrentes et améliorer les réponses proposées. Si ces créneaux apparaissent comme de simples disponibilités, ils risquent d’être remplis de rendez-vous ou d’appels. S’ils sont identifiés comme un temps d’analyse, l’équipe peut plus facilement organiser les sollicitations différemment
Une séquence de travail n’est pas automatiquement un bloc
Une activité peut comporter plusieurs étapes : recueillir les informations, vérifier les données, préparer un document, faire valider une version, transmettre le résultat. Cette succession relève d’une logique de processus : elle décrit la manière dont l’activité se déroule.
Le bloc temporel répond à une autre question : à quel moment cette activité, ou l’une de ses étapes, sera-t-elle réalisée ? Il peut accueillir une séquence de travail, mais il ne la décrit pas entièrement.
Cette distinction sera développée dans un article consacré aux processus. Elle est utile dès maintenant : un bloc de deux heures consacré à la préparation d’un dossier ne dit pas comment le dossier doit être préparé. Il indique seulement que du temps est réservé à cette préparation. Si le travail requiert une procédure précise, celle-ci devra être définie par ailleurs.
Une routine ne devient pas un bloc par simple répétition
Une activité répétée chaque jour ou chaque semaine peut être inscrite sous forme de bloc. Mais la répétition ne suffit pas à définir le bloc. Une personne peut consulter spontanément ses messages en arrivant le matin, sans que ce geste figure dans son agenda. Elle suit alors une habitude, qui peut être utile ou non, mais qui ne constitue pas nécessairement un temps planifié.
À l’inverse, une réunion récurrente chaque mardi de 9 heures à 9 heures 30 est un bloc temporel : elle est délimitée, inscrite dans un support et affectée à une activité collective. Elle peut progressivement devenir familière, voire routinière, mais son existence dépend toujours d’une décision de planification.
Cette différence sera approfondie dans le prochain article. Elle mérite d’être posée ici car elle évite d’assimiler toute régularité à une organisation consciente du temps.
Ce que le bloc temporel n’est pas
Pour reconnaître un bloc temporel, quatre critères peuvent être retenus. Ils ne constituent pas une norme rigide. Ils fournissent plutôt une grille de lecture simple.
| Propriété | Question associée | Exemple |
|---|---|---|
| Délimitation | Quand le bloc commence-t-il et quand se termine-t-il ? | Mardi, de 10 h à 11 h 30 |
| Affectation | Quelle activité ou quelle famille d’activités est concernée ? | Préparation des interventions clients |
| Inscription | Où le bloc est-il visible ? | Agenda partagé de l’équipe |
| Protection relative | Quelles sollicitations peuvent être reportées pendant ce temps ? | Pas de réunion interne, sauf incident nécessitant une décision immédiate |
La notion de protection relative appelle une précision. Elle ne signifie pas que le bloc doit être sanctuarisé quelles que soient les circonstances. Dans certains métiers, une urgence de sécurité, une absence imprévue, un incident de production ou une demande client critique peuvent justifier un changement immédiat.
L’enjeu consiste alors à distinguer l’exception de la règle ordinaire. Si les blocs sont interrompus chaque jour par des demandes qui auraient pu être anticipées ou orientées vers un autre créneau, leur fonction s’érode. Si, au contraire, l’équipe identifie les rares situations qui justifient une interruption, elle peut préserver les temps réservés sans nier les contraintes du métier.
La souplesse fait partie du bloc temporel
Un bloc temporel n’est pas une forme de planification rigide. Il est souvent nécessaire de le déplacer, de le raccourcir, de le prolonger ou de le remplacer. La question n’est pas de savoir si le planning est respecté à la minute près. Elle consiste à apprécier si l’activité importante reçoit effectivement le temps dont elle a besoin.
Cette souplesse est particulièrement nécessaire dans les petites entreprises et dans les métiers de service. Les journées y sont fréquemment modifiées par des appels, des retards de livraison, des demandes urgentes, des absences, des ajustements techniques ou des événements extérieurs.
Henry Mintzberg a montré, à partir de ses observations du travail managérial, que l’activité des responsables est souvent brève, fragmentée et largement orientée vers les sollicitations. Ses ouvrages, notamment The Nature of Managerial Work et Managing, constituent les références mobilisées ici.
Cette réalité ne conduit pas à renoncer à toute structuration du temps. Elle invite plutôt à concevoir des blocs compatibles avec l’imprévu : durées réalistes, marges disponibles, temps de coordination et règles explicites sur les interruptions.
Un responsable de maintenance peut ainsi réserver un créneau hebdomadaire pour préparer les interventions préventives, tout en sachant qu’un incident technique majeur peut imposer de le déplacer. L’intérêt du bloc ne disparaît pas pour autant. Il rend visible une activité qui devra être reprogrammée et permet d’éviter qu’elle soit systématiquement sacrifiée au profit du curatif.
Le bloc peut être individuel ou collectif
Certains blocs concernent une seule personne. Ils permettent notamment de traiter une activité nécessitant de la continuité, de la réflexion ou une préparation spécifique. D’autres sont collectifs : réunion d’équipe, temps de transmission, revue de projet, traitement coordonné d’une situation complexe, créneau de production synchronisé.
Les blocs collectifs jouent un rôle particulier. Ils rendent les disponibilités compatibles et permettent de réunir les conditions nécessaires à une action conjointe. Leur qualité dépend toutefois de la pertinence de leur objet. Un bloc collectif trop vague peut devenir une réunion supplémentaire sans résultat précis. Un bloc clairement affecté à une décision, à une coordination ou à une analyse peut soutenir le travail commun.
Une équipe administrative peut, par exemple, prévoir un créneau mensuel de quarante-cinq minutes consacré aux dossiers bloqués. La règle n’est pas d’y passer en revue toutes les activités en cours. Le temps est réservé aux situations qui ne peuvent pas être résolues par le traitement ordinaire. Cette affectation précise évite que la réunion ne se transforme en simple échange d’informations.
Le bloc peut être ponctuel ou récurrent
Un bloc ponctuel répond à une activité située dans le temps : préparer une présentation, conduire un entretien, faire une revue avant livraison, organiser une réunion exceptionnelle, traiter une situation nécessitant une attention spécifique.
Un bloc récurrent revient selon une périodicité définie : chaque semaine, chaque mois, au début d’une période d’activité ou avant une échéance régulière. Sa récurrence peut faciliter la coordination, car chacun connaît à l’avance l’existence de ce temps. Elle ne doit cependant pas devenir automatique au point de perdre sa finalité. Si une réunion revient chaque lundi mais ne répond plus à aucun besoin identifié, elle mérite d’être revue, raccourcie, transformée ou supprimée.
La récurrence est donc un choix organisationnel qui doit rester justifié par l’activité. Dans une équipe de vente, un bloc hebdomadaire de préparation des actions commerciales peut être utile en période de campagne. Dans une autre phase, un rythme mensuel ou un fonctionnement plus souple peut être préférable.
Pourquoi les blocs temporels sont utiles sans être une méthode universelle ?
Les blocs temporels apportent une réponse à une difficulté fréquente : certaines activités importantes sont connues, mais elles restent sans place identifiable dans les journées de travail. La planification par blocs rend ces activités visibles et facilite les arbitrages.
Elle peut notamment aider à :
- Attribuer du temps à des activités de préparation souvent invisibles,
- Protéger temporairement un travail qui demande de la continuité,
- Organiser les disponibilités nécessaires à une action collective,
- Rendre les priorités discutables et ajustables,
- Repérer les activités régulièrement reportées,
- Faciliter l’intégration de nouveaux collaborateurs en clarifiant certains temps de travail,
- Créer des marges pour la réflexion, la transmission ou l’amélioration des pratiques.
Ces apports ne se produisent toutefois pas automatiquement. Un agenda saturé de blocs peut renforcer la pression plutôt que soutenir l’activité. Des blocs imposés sans tenir compte du terrain peuvent être vécus comme une contrainte supplémentaire. Des temps réservés sans règles de coordination peuvent être continuellement interrompus.
Le bloc temporel doit donc être considéré comme un outil simple, dont l’intérêt dépend de son usage. Il est utile lorsque l’activité choisie, sa durée, sa fréquence et son niveau de protection correspondent au travail réel. Il devient moins pertinent lorsqu’il sert à donner l’illusion d’une maîtrise totale du temps ou lorsqu’il ignore les contraintes des personnes qui doivent le respecter.
Partir du travail réel avant de planifier
Avant de créer des blocs, il convient d’observer ce qui se passe réellement. Les activités ne se déroulent pas toujours comme les procédures ou les agendas le prévoient. Une tâche annoncée comme brève peut nécessiter plusieurs échanges. Un rendez-vous client peut engendrer un temps de préparation et de suivi plus important que l’entretien lui-même. Une activité collective peut dépendre de la disponibilité d’informations produites par d’autres personnes.
Cette attention au travail réel permet de poser des questions simples :
- Quelles activités sont régulièrement repoussées faute de temps identifié ?
- Quels moments de la journée sont les plus exposés aux interruptions ?
- Quelles tâches doivent être réalisées par plusieurs personnes au même moment ?
- Quelles activités exigent un temps continu, sans changement fréquent de sujet ?
- Quels créneaux sont déjà contraints par les clients, la production, les livraisons ou les ouvertures au public ?
- Quelles marges sont nécessaires pour traiter les imprévus ?
- Quels blocs existants sont réellement utiles et lesquels subsistent par habitude ?
Prenons le cas d’un cabinet qui accompagne des entreprises clientes. Ses collaborateurs prévoient des rendez-vous de deux heures, mais la préparation des entretiens et la rédaction des comptes rendus sont réalisées entre deux appels ou en fin de journée. Le problème ne réside pas nécessairement dans l’absence de compétence ou d’engagement. Il tient à l’absence de temps formellement attribué à ces activités. Créer des blocs de préparation et de synthèse peut améliorer la continuité du travail, à condition que ces créneaux soient compatibles avec la charge réelle et les demandes des clients.
Dans un commerce de proximité, la situation est différente. L’accueil des clients reste prioritaire pendant les heures d’ouverture. Les blocs destinés à la réception des marchandises, à la mise à jour des stocks ou à la préparation d’actions commerciales devront donc être placés à des moments compatibles avec la présence en magasin. Un modèle identique ne conviendrait pas.
Le travail réel ne constitue pas un obstacle à la planification. Il en est le point de départ. Plus les blocs reflètent les contraintes effectives, plus ils ont de chances d’être utilisés comme des repères utiles plutôt que comme des règles extérieures.
Les premières questions à poser dans une équipe
La mise en place de blocs temporels peut commencer modestement. Il n’est pas nécessaire de reconstruire tout l’emploi du temps d’une organisation. L’essentiel consiste à identifier une difficulté concrète et à examiner si un temps réservé pourrait y répondre.
Une équipe peut, par exemple, constater que les demandes complexes sont traitées dans l’urgence parce qu’aucun créneau commun ne permet de les examiner. Elle peut alors tester un temps hebdomadaire court, affecté uniquement à ces demandes. Elle peut aussi constater que les tâches de fond sont constamment déplacées par les rendez-vous. Dans ce cas, un ou deux créneaux protégés, associés à des règles de report des sollicitations non urgentes, peuvent être envisagés.
Quelques questions permettent de cadrer cette réflexion :
- Quelle activité souhaitons-nous rendre possible ou plus fiable ?
- Pourquoi cette activité n’obtient-elle pas aujourd’hui le temps nécessaire ?
- Qui doit être disponible pendant ce bloc ?
- Quelle durée est réaliste ?
- Quels événements justifieraient une interruption ou un déplacement ?
- Comment le bloc sera-t-il rendu visible ?
- Quand l’équipe évaluera-t-elle si ce choix est utile ?
Ces questions ne constituent pas encore une méthode complète de déploiement. Elles permettent de vérifier que le bloc répond à un besoin précis. Les modalités pratiques, la relation avec les routines, les processus et les autres outils de planification seront abordées dans les articles suivants.
Conclusion
Un bloc temporel est un temps délimité, affecté à une activité identifiée, inscrit dans un support de planification et doté d’une protection adaptée aux contraintes du travail. Il ne se confond ni avec un créneau libre, ni avec une liste de tâches, ni avec une simple disponibilité, ni avec une procédure.
Son intérêt réside dans sa capacité à rendre visibles des activités importantes qui risquent autrement d’être reportées ou dispersées. Il peut soutenir la préparation, la coordination, la transmission, la production ou l’analyse, à condition de partir des réalités de l’activité et de préserver une possibilité d’ajustement.
La planification par blocs ne cherche pas à éliminer les imprévus. Elle fournit un cadre pour mieux repérer ce qui doit être protégé, déplacé ou réorganisé lorsque les imprévus surviennent. Elle permet ainsi de discuter plus clairement de l’usage du temps, des priorités collectives et des conditions nécessaires à la réalisation d’un travail de qualité.
Le prochain article examinera la relation entre blocs temporels et routines. Il précisera pourquoi une activité répétée ne constitue pas nécessairement un bloc et comment la distinction entre habitude, organisation consciente et ajustement au contexte permet de mieux comprendre le travail quotidien.
Références bibliographiques
- Mintzberg, Henry. The Nature of Managerial Work. New York, Harper & Row, 1973.
- Mintzberg, Henry. Managing. San Francisco, Berrett-Koehler Publishers, 2009